« Fêtes et kermesses au temps de Brueghel » : 9 choses passionnantes à découvrir

Vous l’avez sans doute remarqué. Plus au nord aime (aussi) l’art et s’efforce de vous parler, de temps en temps, d’une exposition. En faisant des choix parmi les nombreuses expos proposées, ici et ailleurs. Mais j’avoue que là je n’ai pas hésité. J’adore Cassel et son musée de Flandre. Et j’adore écouter Sandrine Vézilier-Dussart, son érudite et pétillante conservatrice. Spécialiste de la peinture flamande, elle pourrait  parler des heures des « Fêtes et kermesses au temps des Brueghel », la nouvelle expo casseloise. Bon, mais ce blog n’est pas Arts Magazine ou Artension. Alors voici simplement 9 choses passionnantes à y découvrir…

Le paysan n’a pas de temps à perdre. Plus souvent aux champs qu’à la fête, il profite des kermesses pour conter fleurette et se payer une tranche de bon temps, si affinités… Un bisou par ci, une main baladeuse par là, sûr que derrière l’église, il devait s’en passer de belles…

1. Brueghel l’ancien est absent mais ses fils et successeurs ont répondu présent !

Des fêtes et kermesses hautes en couleurs ? Sûr que vous pensez à Pieter Brueghel l’ancien, dont on fête, en 2019, le 450ème anniversaire de la mort. Pourtant, le maître de la peinture flamande n’a peint que trois kermesses et noces villageoises. Les autres, nombreuses copies, reprises et répliques ont été réalisées par ses fils Jan et Pieter II. Mais aussi par ses autres successeurs, Van Cleve et Balten, puis Savery, Bol et Vinckboons. 

Les trois kermesses et noces villageoises de Brueghel l’ancien ne font pas partie de l’exposition casseloise. En revanche, on y découvre près d’une centaine d’autres œuvres, qui célèbrent la fête brueghelienne. 

Cassel expo Pieter Brueghel Noces en plein air

©Repas de noces en plein air 1620-1625 Pieter II Brueghel (Maastricht, Bonnefantenmuseum  ©Photo Peter Cox / Collection Bonnefantenmuseum/ Loan of The Cultural Agency of the Netherlands)

2. La peinture flamande est bien moins triste qu’on croit !

Quand on vous dit peinture flamande, vous voyez du noir (je n’ai pas dit vous broyez…), du sombre et du sinistre ? Ces fêtes vont vous faire changer d’avis. Ah quelles couleurs chatoyantes et gaies ! Quelles rondes endiablées ! Quelle envie de mordre dans la vie ! Quel sens de la fête et quelle convivialité, comme ici dans La Danse de noce de Jan I Brueghel (Collection Musée des Beaux-Arts, Bordeaux ©Mairie de Bordeaux, photo Lysiane Gauthier).

Cassel expo temps des Brueghel tableau et entourage

 

Collection Musée des Beaux-Arts, Bordeaux ©Mairie de Bordeaux, photo Lysiane Gauthier

3. Il y a plein de petites histoires à dénicher,
souvent très terre à terre…

Regardez bien le premier plan de chaque œuvre ! Il y a plein de petites histoires à y dénicher, presque autant que de personnages. Elles racontent ces moments de fête, ces rares jours où le peuple peut se défouler pour oublier son difficile quotidien… dépassant parfois les bornes.
On boit beaucoup, on vomit souvent… Comme dans La Kermesse villageoise avec une théâtre et une procession de Pieter II Brueghel (Avignon, musée Calvet © Laurent Mayeux photographies).

Cassel expo Pieter Brueghel La Kermesse villageoise avec théâtre et procession

Cassel expo temps des Brueghel homme boitCassel expo temps des Brueghel homme vomit Cassel expo temps des Brueghel homme défèque

On fait ses besoins devant tout le monde, sans gêne. C’est la vraie vie, dans ce qu’elle a de plus terre à terre, parfois de cru. 

 

 

 

4. Grâce aux symboles, il y a aussi du plus subtil…

À première vue, ces fresques narratives sont très premier degré. Mais un œil un peu averti y décèlera toute une série de symboles, livrant un message plus subtil et plus deuxième degré.

La cruche, dans cette Mariée pleurant, avec une couronne de fleurs dans ses cheveux et entourée d’un vieil homme et d’un jeune (collection privée) ? Elle symbolise la virginité (ou pas) de la dame, visiblement pas ravie de prendre mari…

Cassel expo Brueghel Mariée qui pleure

Mais cette virginité est aussi souvent symbolisée par la couronne de la mariée, qui peut pencher (la couronne, pas la mariée) quand il y a doute…
 Et le fou qui apparaît si souvent, comme ici (à droite) dans Noce grostesque de Frans Verbeeck (Anvers, The Phoebus Foundation) ? Oui, bien sûr, il est souvent là pour animer la fête et amuser les enfants. Mais, parfois, il indique aussi un désordre, une situation qui ne tourne pas rond. Alors, cherchez le fou et ouvrez l’œil… 

Cassel expo Brueghel deux tableauxEt je ne vous dis pas (ou plutôt si…) tous les symboles sexuels qui se cachent dans ces fêtes et kermesses. Des poireaux, une épée, une flûte traversière ou une bombarbe pour symboliser le sexe masculin. Un melon ou un luth pour symboliser la femme. C’est qu’il est espiègle et joueur, l’artiste flamand ! 

5. C’est drôlement grivois tout ça, dites donc !

Le paysan n’a pas de temps à perdre. Plus souvent aux champs qu’à la fête, il profite des kermesses pour conter fleurette et même pour se payer une tranche de bon temps, si affinités… 

On flirte (et on n’est pas les seuls…) franchement avec le grivois dans pas mal des œuvres présentées. Un bisou par ci, une main baladeuse par là, sûr que derrière l’église, il devait s’en passer de belles…

Scrutez bien La Kermesse villageoise avec un théâtre et une procession de Pieter II Brueghel ou La Danse de noce de Jan I Brueghel et vous trouverez ces petites scènes grivoises et cocasses.

Cassel expo temps des Brueghel scène danse

Cassel expo temps des Brueghel baiser

 

 

 

 

 

 

Cassel expo temps des Brueghel scène voyeurs

Et ce n’est pas ce danseur en pantalon gris, de La Danse de noce, qui nous convaincra du contraire…

Cassel expo temps des Brueghel danse

6. Grivois mais aussi sacrément satirique…

L’art flamand n’est pas qu’espiègle et grivois. Il est aussi satirique et cela peut d’ailleurs aller assez loin. On imagine les artistes corsetés dans cette fin de XVIe siècle ou ce début du XVIIe ? Quelle erreur ! La liberté d’expression qu’ils s’accordent est assez étonnante. La preuve dans La Kermesse villageoise avec une théâtre et une procession, où deux moines demandent leur chemin vers la maison close… Et ils ne sont pas les seuls. Il y en a d’autres à dénicher, tout au long de l’expo. D’autres personnages satiriques aussi. D’autres critiques à peine voilées.

Cassel expo Brueghel moines demandant chemin

7. Le païen est toujours là mais le sacré n’est jamais loin

Tous ces excès et cette débauche n’empêchent cependant pas la présence du sacré. Car les kermesses ont un lien avec le religieux, chacune étant liée à la procession d’un saint. 

Symboles païens et religieux se mêlent ainsi pendant le parcours, comme église et taverne se côtoient presque toujours. Quand l’église ne toise pas la maison close…

Cassel exposition Fêtes et Kermesse au temps des Brueghel Hans Bol ©Kermesse flamande, Hans Bol (Anvers, Snijders & Rockoxhuis Museum  ©KBC Anvers, La Maison Snijders & Rockox)

8. On est ici, on n’est nulle part

Derrière le premier plan grouillant de personnages et de vie, l’arrière-plan est en général un paysage dans les teintes d’ocre, de vert et de bleu. Réalisé de manière très minutieuse, est-il copié du réel ? Eh bien non. Les paysages de la peinture flamande sont imaginaires, oniriques, rêvés… On est ici mais on n’est nulle part. 

Ici dans la Fête villageoise de Jan I Brueghel (Londres, The Royal Collection  ©Royal Collection Trust/  ©Her Majesty Queen Elizabeth 2019), le subtil mariage du vert et du bleu accentue cette impression de rêve. Quand réalité et imaginaire se rencontrent, on touche à l’essence même de l’art flamand. 

Cassel expo Jan Brueghel Fête villageoise

9. La ronde, comme une représentation du bonheur

Ouvrez les yeux, elle est (presque) partout, au cœur de ces « Fêtes et Kermesses au temps des Brueghel ». La ronde endiablée, échevelée même, parle de bonheur, celui que les hommes n’ont jamais cessé de chercher.
Mais cette ode au bonheur, enfantine et éphémère, fait de ces fêtes un sujet qui n’a rien de secondaire. Car, franchement, connaissez-vous quelque chose de plus important que le bonheur ?

Montpellier musée Fabre David Teniers le Jeune Kermesse de la saint Geroges

©La Kermesse de la Saint-Georges, David II Eniers (Montpellier, musée Fabre  ©Musée Fabre, Montpellier Méditerranée Métropole / Photo Frédéric Jaulmes).

Fêtes et Kermesses au temps des Brueghel, en pratique

Musée de Flandre, 26 Grand-Place à Cassel. 

03 59 73 45 60

http://museedeflandre.fr

Exposition ouverte jusqu’au 14 juillet 2019.

Ouvert tous les jours, sauf le 1er mai, de 10 h à 18 h.

Entrée 8 € tarif plein, 6 € réduit.

Gratuit pour tous chaque jour à partir de 17 h, chaque premier dimanche du mois.

Gratuit pour les moins de 26 ans, les demandeurs d’emploi, les bénéficiaires des minima sociaux, les personnes en situation de handicap et leur accompagnant…

Le musée est labellisé Tourisme et Handicap pour l’ensemble des handicaps. 

Visite découverte de l’exposition en français, le samedi et le dimanche à 14 h 30 et à 16 h.

En néerlandais, le dimanche à 11 h et à 14 h 15.

Cassel expo temps des Brueghel

 

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4 Commentaire(s)

    • Annetomczak07 Répondre

      Merci Françoise ! Dépêchez-vous donc de la découvrir dans ce très beau musée de Flandre…

  1. J’habite à Lille et n’ayant pas de voiture j’ai trouvé très surprenant qu’il n’y ait pas de transport en commun direct pour Cassel.

    • Annetomczak07 Répondre

      Bien sûr, Régine, on est en droit de penser cela. En même temps (comme dirait l’autre), même si Cassel est une très jolie destination touristique, cela reste un gros village (qui a d’ailleurs gagné le titre de Village préféré des Français l’an dernier). Je comprends donc qu’il ne puisse pas y avoir de liaison directe et régulière entre Lille et toutes les cités de cette taille. Mais je suis sûre que vous trouverez un moyen de vous y rendre pour découvrir cette expo. Bonne visite et merci de me lire !

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