Des trajectoires de vie variées. Des origines, des professions et des parcours différents. Et puis, un jour, ces trajectoires se croisent et se mêlent… Olga, Pascal, Lerania et Taras : quatre personnalités, quatre itinéraires de vie mais la même passion de l’Ukraine chevillée au cœur. Malgré les difficultés, ce pays, martyrisé depuis février 2022, vivra en paix et indépendant. Tous les quatre en sont persuadés, forts de leur courage et de leur ténacité…
« Taras Koutchma a accompagné un groupe d’orphelins en France, également encadrés par Pascal, Olga et Roselyne. Il a vécu les cérémonies du 8-mai sur les Champs Elysées, à l’invitation d’Emmanuel Macron, qui a pris le temps d’échanger avec eux.
Olga, cardiologue au cœur tendre
Je lui ai donné rendez-vous devant le cimetière des Héros de Lviv. Elle était là, pile à l’heure, toujours aussi souriante malgré la douleur depuis le début de la guerre. Dans ce cimetière, trop de photos de ses amis tués sur le front.
Alors nous partons sans trainer à l’hôpital Saint-Nicolas, où elle exerce.

Je n’avais pas vu Olga Pasternak depuis trois ans, à Hulluch, dans l’entrepôt des Transports Verron, lieu de stockage de notre aide pour l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe.
Nous avions organisé un spectacle, en janvier 2023, au profit de son service. C’était à Vimy avec des chants polonais et nous lui avions envoyé l’argent. Cette fois, l’argent collecté par Plus au nord lui a été remis en mains propres, en présence du chirurgien cardiaque Oleksander Yatchi.
Ils sont des spécialistes du coeur et pourraient facilement trouver du travail à l’étranger pour exercer leur talent et vivre dans le confort. Mais ils sont en mission pour l’Ukraine agressée et en guerre. Et ils ont choisi de rester.

Presque tout le service pédiatrique a été rénové, surtout l’accueil et le service post-opératoire. Prochaine étape, la rénovation complète du bloc opératoire.
Olga avait fait une tournée des hôpitaux du littoral du Nord de la France au début de la guerre, dans l’espoir de récupérer un peu de matériel mais cela n’a pas donné grand chose.
Elle est une fille d’Ukraine, de Lviv, qui ne baisse jamais les bras. Rencontre avec une combattante, dont le cœur bat pour son pays et pour les enfants.
Henri Dudzinski : « Faire de la chirurgie en temps de guerre doit être compliqué ? »
Olga Pasternak : « En effet, même si nous sommes loin du front, nous devons faire avec des coupures de courant. Cela fait plus de quatre ans ».
H.D. : « Je vois sur les murs du couloir des plaques de remerciement en l’honneur de vos donateurs »
O.P. : « Oui, nous avons besoin de soutiens financiers étrangers. Toutes les aides sont les bienvenues. Grâce à cela, nous avons pu rénover l’accueil en pédiatrie et c’est important. Beaucoup d’investissements lourds sont gelés à cause de la guerre ».
H. D. : « Quels sont les besoins urgents ? ».
O. P. : « Les produits et instruments à usage unique. Cela peut paraître banal en France mais en Ukraine c’est compliqué à trouver.
Et puis, comme je te l’ai montré, notre bloc opératoire date d’une autre époque. Nous aurions besoin d’une rénovation complète des murs, du sol et d’une stérilisation du lieu. Nous nous méfions des maladies nosocomiales ».



H. D. : « D’où viennent ces enfants en urgence cardiaque ? »
O. P. : « De toute l’Ukraine. Lviv est une ville refuge, malgré les bombardements et les drones. Aujourd’hui, nous pouvons même accueillir les mamans, le temps de l’hospitalisation. Nous avons réalisé récemment une grande première avec Oleksander, qui a introduit une sonde cardiaque via les aisselles, évitant ainsi toute cicatrice sur la poitrine.
L’enfant a été envoyé ensuite à Cracovie pour un contrôle et le cardiologue croyait que l’opération n’avait pas eu lieu. Il a été sidéré quand nous lui avons expliqué.
Nous avons les compétences mais nous manquons de moyens. Nous luttons à notre manière ».
Pascal, voyagiste, le cœur sur la main
A 53 ans, Pascal Falcone a presque fait le tour du monde, en bourlinguant sur les cinq continents.
Il ne le crie pas sur tous les toits mais avec ses complices, Olga, Roselyne et Laetitia, Pascal agit concrètement pour redonner le sourire à des enfants, en Ukraine.


Côté métier, il est dans le tourisme, comme on dit. Mais il veut changer l’image de sa profession et également du terme voyage.
Henri Dudzinski : « Quelle est la différence ? »
Pascal Falcone : « Pour moi, le tourisme est un acte de consommation alors que le voyage consiste à aller à la rencontre des gens pour les comprendre et les découvrir ».
H. D. : « Et l’Ukraine dans tout ça ? ».
P. F. : « C’est un mystère que je n’ai toujours pas résolu mais j’essaie de comprendre. Je me sens bien à Lviv. Je dis que c’est ma ville. C’est une vibration ».
H. D. : « Est-ce pour cette raison que vous avez fondé l’association We are ready ? ».
P. F. : « Oui, nous voulons être prêts pour le jour J, celui de la paix. Nous venons en aide aux enfants en difficulté, notamment les orphelins de Drohobytch ».
H. D. : « Concrètement, cela donne quoi ? ».
P. F. : « Nous venons d’emmener treize enfants en France pour quelques jours, afin de les sortir du contexte de la guerre. Paris, la Normandie, EuroDisney, balade sur la Seine et rencontre avec Emmanuel Macron, le 8 mai ».

Lerania , journaliste et restauratrice,
le cœur battant de la Crimée
Son visage est barré d’un sourire permanent et ses yeux brillent. Sur la tête, une petite coiffe typique. Lerania est ukrainenne, tatare et musulmane. À Lviv, orthodoxes, catholiques, gréco-catholiques, musulmans et juifs gardent leur identité dans une Ukraine galicienne, symbole de l’Europe centrale.
Mais, depuis 2014, Lerania est de plus en plus chassée vers l’ouest par les Russes et les massacres.

Henri Dudzinski : « Parlez-nous des Tatars de Crimée et de vous ».
Lerania : « Nous sommes musulmans et pratiquants. Nous étions installés en Crimée depuis 700 ans. En 1944, le régime de Staline nous a déportés pour russifier la Crimée ».
H. D. : « C’ était donc la fin des tatars en Crimée ? »
Lerania : « Non, nous sommes revenus en 1994. C’est notre terre. Mais en 2014, les Russes sont revenus et nous avons fui vers l’ouest. Je suis journaliste, donc une cible pour eux. Je me suis installée à Irpin. En 2022, les Russes sont arrivés et vous connaissez le massacre qui a eu lieu dans cette ville. J’ai poursuivi ma fuite vers Lviv… Un jour, les Tatares reviendront en Crimée ».
H. D. : « De quoi vivez-vous aujourd’hui ? »
Lerania : « J’ai ouvert un restaurant tatare à Lviv afin de faire vivre notre identité à travers la cuisine. Salam alikoum, je vais vous expliquer. Mettez-vous à table ».
La voilà qui m’initie au rite du café tatare et me cite les huit raisons d’en boire à chaque moment de la journée. En fait, tout est prétexte pour déguster ce breuvage noir… très fort.
Suivent des plats longtemps mijotés avec des viandes, du riz, des salades et des légumes avec du paprika.


Cette femme est une résistante d’un genre particulier, qui mérite de vivre son vœu le plus cher : retourner vivre en Crimée ukrainienne.
Taras, maire de Drohobytch, au cœur de l’événement à Paris
Dans le deuxième volet de ce reportage, celui sur les Carpates, je vous avais présenté Taras Koutchma, maire de Drohobytch. Un temps chirurgien cardiaque sur le front, il est redevenu maire de sa ville, fonction qu’il exerce depuis 2015.

Venu il y a quelques jours en France, il a accompagné un groupe d’orphelins, également encadrés par Pascal, Olga et Roselyne. Il a vécu les cérémonies du 8-mai sur les Champs Elysées, à l’invitation d’Emmanuel Macron, qui a pris le temps d’échanger avec le groupe.





Un bref voyage, qui a été l’occasion de lui poser quelques questions…
Henri Dudzinski : « Taras, être le 8 mai à Paris est-il un symbole ?»
Taras Koutchma : « Le 8 mai est le jour de la victoire du bien sur le mal, le moment où nous avons compris que cela ne devait plus jamais exister ».
H. D. : « Pourtant, aujourd’hui, l’Ukraine est en guerre… »
T. K. : « Le mal peut changer de visage mais jamais de nature. Nous avons la foi de dire que nous avons vaincu et que nous vaincrons encore ».
H. D. : « En ce 8 mai 2026 à Paris, comment vous sentez-vous ? ».
T. K. : « J’éprouve un immense sentiment de gratitude parce que les enfants se sentent en sécurité ici. Nous sommes certains que le Président Macron et les Français nous soutiennent.
Personnellement, j’ai vu un Président courageux, qui dit la vérité et qui prend des décisions en défendant les valeurs européennes. Nous ne nous sentons pas seuls. »
H. D. : « Vous semblez déterminé… »
T. K. : « J’ai la conviction que nous vaincrons la Russie de Poutine comme nous avons vaincu l’Allemagne d’Hitler à l’époque ».
Reportage garanti sans Intelligence artificielle
À lire aussi, le coup de cœur de Plus au nord pour Odessa, en octobre 2018. C’est par ICI