Après Lviv, Henri Dudzinski, envoyé spécial de Plus au nord en Ukraine, a mis le cap sur les Carpates. Cette chaîne montagneuse, qui va de la Tchéquie à l’Ukraine, en passant par la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie, est aussi mystérieuse, profonde et authentique que ses habitants. Les frontières ont bougé en 1945 mais la culture commune de ces montagnes est restée intacte et l’agression russe a renforcé l’identité des Carpates. À Drohobytch, le maire, également cardiologue-réanimateur, revient du front, où il a pratiqué une chirurgie de guerre…
Près de l’hôtel de ville, un tunnel ajouré avec des centaines de photos. Celles des Héros, ces tout jeunes hommes de Drohobytch, morts au combat. (…) L’émotion est intense. La ville, comme les Carpates, en a donné des fils pour survivre face à l’agresseur russe…
Dès la sortie de Lviv, le paysage change et la campagne se dévoile, comme dans les récits de Tolstoï… Maisons en bois, jardins, fleurs et églises orthodoxes défilent sous mes yeux. Les vallées et les montagnes douces renvoient à la chanson Hej sokoly (Les Faucons) dans la verte Ukraine. La terre est noire, riche. L’Ukraine a été le grenier de l’Europe. Les Carpates en sont la barrière protectrice.
Une église en bois sans un seul clou
J’arrive à Drohobytch, une ville de 80 000 habitants. Sa fierté ? Une église en bois du XVIIIe siècle, bâtie sans un seul clou (lire aussi ICI).

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Classée au patrimoine de l’Unesco, elle fait partie d’un itinéraire qui commence en Pologne. De rite orthodoxe, elle a une iconostase exceptionnelle, qui évoque à la fois l’ancien et le nouveau testament.

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Bruno Schulz, figure emblématique des Carpates

Il faut être patient et tenace pour comprendre les Carpates et leurs habitants. Parmi eux, Bruno Schulz, écrivain et peintre polonais, fierté de Drohobytch. On dit de lui qu’il est né Autrichien en 1892, qu’il a vécu en Polonais et qu’il est mort Juif, tué en 1942 par un officier allemand, dans le ghetto de Drohobytch.
Ses œuvres sont traduites en français, notamment Les boutiques de cannelle. À lire pour mieux comprendre la vie dans les Carpates.
Une mine de sel d’un autre temps
À cinq cents mètres de l’église, quelques bâtiments en bois semblent avoir cent ans. Et c’est le cas.

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Il s’agit d’une mine de sel qui fonctionne toujours. Le procédé d’extraction est centenaire, tout comme le principe d’évaporation avec un feu de bois. Typique des Carpates. Et ce n’est pas tout, cette région est oléagineuse et on y trouve du… pétrole ! Tolstoï (encore lui) évoquait déjà ces terres huileuses.


Mais revenons au sel. Oksana, la guide, a les yeux qui brillent quand elle raconte l’histoire de cette mine à nulle autre pareil. Et quand elle présente la fleur de sel à la lumière, elle devient une icône des Carpates.

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La spécialité locale ? Un café… salé, auquel j’avoue ne pas avoir goûté…
Taras Koutchma, maire de Drohobytch dans les Carpates
Drohobytch a également un maire-symbole de l’Ukraine. Taras Koutchma (son portrait complet est à lire le mercredi 27 mai), élu à la tête de la cité en 2015, est également cardiologue-réanimateur. Parler avec lui des Carpates, de sa ville et de son pays, tout en dégustant des plats régionaux, a été un formidable moment d’émotion.

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Discret, ne cherchant en aucune façon la lumière, il exerce envers et contre tout sa fonction de maire. Ce qui, en temps de guerre, est sacrément compliqué, le plus gros des efforts étant orienté vers le combat contre l’agresseur russe. Les trous dans la chaussée attendront encore un peu…
Puis, lentement, après un long repas, il raconte la guerre. Celle qu’il a vécue au front, où il a appliqué une chirurgie de guerre, et qui l’impacte directement.
Il m’emmène en ville pour une émouvante promenade. Près de l’hôtel de ville, un tunnel ajouré avec des centaines de photos. Celles des Héros, ces tout jeunes hommes de Drohobytch, morts au combat.

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Parmi eux, son meilleur ami et aussi son neveu. L’émotion est intense. Drohobytch et les Carpates en ont donné des fils pour survivre face à l’agresseur russe…
Tustan, le fier rocher protecteur
La route continue, me voici à Tustan, au plus profond des Carpates (Tu Stan, Ici tu t’arrêtes). L’impression qu’ici aucun Russe ne pourra jamais s’imposer. Un rocher immense est une barrière naturelle autour duquel les hommes ont construit un fort en bois pour repousser les envahisseurs. Aujourd’hui, il ne reste que le rocher, devenu un lieu de promenade et de détente, comprenant un musée.

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Un peu plus loin, nichée à flanc de montagne, une maison typique des Carpates a été transformée en agro-musée touristique.

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J’imagine la vie de ces gens, vivant simplement et demandant juste qu’on les laisse en paix dans leurs Carpates. J’imagine également la paix revenue en Ukraine. Et ce moment béni où on pourra découvrir tous ses trésors sans stress…
Reportage garanti sans intelligence artificielle.
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