Après 18 mois de travaux, le LaM vient de rouvrir ses portes, à Villeneuve d’Ascq, près de Lille. Pour marquer cet événement, une rétrospective exceptionnelle est consacrée à Kandinsky, père de l’art abstrait, intitulée « Kandinsky face aux images ». Outre cette expo temporaire et la collection permanente réaménagée, cette réouverture est aussi marquée par la création de la table Pigments. L’emblématique chef Florent Ladeyn veut puiser son inspiration dans l’art pour le décliner dans ses assiettes. J’ai découvert expo et resto et j’ai adoré…
Pour la première fois, les archives personnelles de Kandinsky sont exposées en parallèle de ses œuvres, montrant le dialogue entre les deux. Et c’est un peu comme si, par cette confrontation, on découvrait d’un coup les secrets de fabrication des plus grands chefs-d’œuvre de l’artiste.
Après les expos consacrées à Modigliani, Giacometti ou Klee, le Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut convie Vassily Kandinsky à ses cimaises. Dans ce musée-jardin imaginé par Roland Simounet, disciple du Corbusier, c’est une superbe expo, accessible et colorée (forcément !), qui comporte pas moins de 400 œuvres de l’artiste russe.

Les deux tiers ont été prêtés par le Centre Pompidou, co-organisateur de l’événement, qui possède beaucoup d’archives grâce au legs de Nina Kandinsky, veuve du peintre. Autant dire qu’il faut courir voir cette expo, qui met en lumière le travail, tout au long d’une vie, du pionnier de l’art abstrait, l’un des artistes les plus importants du XXe siècle.


Kandinsky et son obsession de la photo
Mais cette expo-rétrospective, en cinq étapes, n’est pas qu’un déroulement linéaire de l’œuvre de Kandinsky. Elle en propose une lecture inédite, montrant le rôle joué par la photographie dans sa démarche créatrice. Car, pendant toute sa vie, Kandinsky a été véritablement obsédé par la photo. Qu’il s’agisse des images photographiques réalisées par sa compagne Gabriele Münter, de celles de la presse illustrée ou d’autres encore, elles sont une source d’inspiration inépuisable pour lui. Ou juste une sorte de toile de fond dans son esprit, curieux du monde qui l’entoure.

Pour la première fois, ses archives
Tout l’intérêt de cette expo est donc de montrer la richesse des gravures, des photographies, des reproductions et de tous les documents qui ont marqué Kandinsky, jusqu’à influencer sa production.
Pour la première fois, ses archives personnelles sont exposées en parallèle de ses œuvres, montrant le dialogue entre les deux. Et c’est un peu comme si, par cette confrontation, on découvrait d’un coup les secrets de fabrication des plus grands chefs-d’œuvre de l’artiste. On entre dans son monde, on explore ses inspirations et on comprend mieux son parcours artistique…


Kandinsky figuratif !
Même s’il est le père de l’art abstrait, Kandinsky a commencé sa carrière par une série d’œuvres figuratives, eh oui ! Je ne connaissais pas du tout ces premières œuvres et elles sont, selon moi, l’un des intérêts de l’expo.


La photo et le dessin s’en sont déjà mêlés puisqu’on découvre les clichés de voyage et les carnets d’esquisses, qui ont été autant d’aide-mémoire pour la réalisation des tableaux sur l’Italie, la Tunisie ou les Pays-Bas.




C’est figuratif, parfois même un brin pointilliste, si on considère ce joli Printemps de 1904.

L’abstraction à l’horizon
Kandinsky s’éloigne aussi parfois de l’art, en explorant ce qui n’est pas considéré comme de l’art. Dessins d’enfants, art populaire, images religieuses viennent également le nourrir, comme le rappellent divers documents présentés dans cette expo « Kandinsky face aux images ».


Dans la deuxième partie, intitulée Matérialisation, on découvre un Kandinsky qui se passionne pour l’ésotérisme et les phénomènes psychiques invisibles, du spiritisme à la télépathie.
Il s’intéresse aussi aux sciences et même à la médecine, qui vient d’inventer la radiographie. Souhaitant de la même façon « photographier » la pensée humaine, il va matérialiser ses émanations par des taches de couleur rouge. L’abstraction n’est pas loin…


Des images pour enseigner
Enseignant à l’école du Bauhaus de Weimar, véritable laboratoire de la modernité, Kandinsky utilisera aussi l’image pour mieux communiquer avec ses étudiants. Des images de villes, de la terre, du ciel, de machines, d’édifices, d’athlètes, de coiffures, d’animaux, de masques… découpées et collées sur du carton. Elles forment une vaste iconothèque pédagogique, en même temps qu’une culture visuelle commune à l’artiste et ses étudiants.
C’est de cette époque que date son affirmation de l’abstraction, concrétisée dans son chef-d’œuvre Jaune-rouge-bleu.

Un artiste dans son temps
Au fil des salles et des documents présentés, on découvre aussi comment Kandinsky s’inscrit dans son époque. Artiste ancré dans son temps, il vit tour à tour la Première Guerre mondiale, la Révolution bolchévique, la montée du nazisme et la Seconde Guerre mondiale. Avec, forcément, un impact sur son travail.

Ainsi, dans Développement en brun de 1933, on ne peut s’empêcher de faire le lien avec la montée du nazisme. Le centre coloré du tableau, symbolisant sans doute liberté et vie, est-il sur le point de disparaître ? C’est en tout cas l’une des lectures possibles de cette œuvre…
Pigments, un nouveau restaurant bistronomique au LaM
Outre la rétrospective Kandinsky et la nouvelle collection permanente, la grande innovation au LaM, c’est Pigments, le restaurant bistronomique confié à Florent Ladeyn, le chef étoilé de L’Auberge du Vert Mont, à Boeschèpe. Situé au premier étage du musée, Pigments (vous avez remarqué que tous les établissements de F. Ladeyn comptent huit lettres ?) s’ouvre sur une terrasse panoramique avec vue sur le jardin des sculptures.

Autre vue à savourer : celle sur la cuisine vitrée, qui offre le spectacle du travail de la brigade. C’est d’autant plus appréciable que la déco du restaurant est minimaliste, pour ne pas dire inexistante.

Ultra local, de saison et avec une touche artistique
Et côté plats, à quoi s’attendre ? Évidemment à une cuisine de terroir, locavore et de saison, comme à chaque fois que Florent Ladeyn est à la manœuvre. Mais au LaM, le chef étoilé met la barre encore plus haut puisqu’il veut s’inspirer de l’expo temporaire en cours pour composer ses plats. Invitée au déjeuner presse d’inauguration, j’ai en effet pu constater que les différents mets servis (préfigurant la formule lunch) s’inspirent des couleurs et des formes présentes chez Kandinsky.

En guise de mise en bouche, une très originale déclinaison autour de l’héliantis, légume oublié, et une autre autour du navet voisinaient avec une goûteuse tartelette à la betterave.

Tableau très « Kandinskien » ensuite, à lire verticalement, avec cette déclinaison autour de la carotte et du bar de ligne, tout en subtilité.

A suivi une volaille de Flandre farcie, incroyablement moelleuse et savoureuse, accompagnée de sa salade relevée par une sauce fumée.

Mais le meilleur restait peut-être à venir avec le dessert, une panna cotta à la bière agrémentée d’un caramel… à la bière.
La bière en question ? Une Dark Pumpkin (ou citrouille noire), brassée à Boeschèpe, que j’ai littéralement a-do-rée ! Un petit goût de chicorée et de caramel et un vrai caractère se mariant à merveille avec ce dessert.
Renseignement pris auprès du chef, impossible malheureusement d’acheter la Dark Pumpkin pour la déguster chez soi. En revanche, tous les établissements de Florent Ladeyn la proposent à leur carte. Alors, si vous allez déjeuner ou dîner dans l’un de ses restaurants (toujours en huit lettres), n’hésitez pas à la tester !
Pigments Café, un nouveau café-estaminet
Également confié à Florent Ladeyn, Pigments Café est un café-estaminet, situé au rez-de-chaussée du musée. Évidemment, bien dans l’esprit d’un estaminet flamand, même si le cadre n’a rien à voir.

Les visiteurs sont invités à venir ici pour boire un café, prendre un repas, acheter du pain (si c’est le même qu’au resto alors foncez, il est délicieux !) ou un panier de légumes produits par un maraîcher. Rien que de petits plaisirs, qui participent au nouvel art de vivre voulu par le LaM.
Pigments Café se prolonge par une terrasse, ouverte sur l’entrée du musée et le parc, qui devrait faire le plein les jours de beau temps. Sur cette terrasse ou à l’intérieur du café, il n’y a pas besoin d’acheter un billet d’entrée au musée pour en profiter !

MAIS AUSSI
Un nouvel accrochage de la collection permanente
Vient également de rouvrir au public la collection permanente du LaM, entièrement repensée. Intitulé Obsession, ce nouvel accrochage fait dialoguer art moderne, art contemporain et art brut.
Le nouveau parcours présente des salles monographiques dédiées à Amedeo Modigliani, à Bernard Buffet et aux cubistes (Braque, Léger ou Picasso), des salles thématiques ainsi que les dernières acquisitions du LaM.
À voir aussi Les Trois Cabanes éclatées en une de Daniel Buren, qui n’avaient pas été présentées ici depuis 15 ans.

Tandis que, grâce aux prêts du Centre national des arts plastiques, de grands artistes comme Louise Bourgeois, absents des collections, peuvent être présentés.
Un nouveau mobilier signé Clémence Seillès
Dès le hall d’accueil mais aussi dans le Salon Simounet et dans les salles de la collection permanente, bancs, fauteuils et comptoir en matériaux recyclés ont fait leur apparition. Ce nouveau mobilier a été conçu pour les espaces du musée par la designeuse Clémence Seillès, permettant la création de zones de repos et de convivialité. J’ai testé et je les trouve plutôt confortables…

Une nouvelle sculpture contemporaine côté jardin
Magnifié par la restauration de l’allée de pierre bleue et la rénovation de l’éclairage extérieur, le jardin du LaM accueille une nouvelle sculpture contemporaine. Signée de l’Américain Dan Graham, figure du minimalisme et de l’art conceptuel, elle est faite de verre et d’acier.
De nouvelles gratuités
Le musée devient gratuit pour les moins de 26 ans.
Il est aussi désormais gratuit, le vendredi après-midi, pour les plus de 65 ans. C’est le Silver Friday.
Le LaM en pratique
1, allée du Musée, 59650 Villeneuve d’Ascq
03 20 19 68 51
Ouvert du mardi au dimanche, de 11 h à 19 h.
Entrée 11 €/9€ pour l’expo Kandinsky et la collection permanente
Exposition « Kandinsky face aux images » ouverte du 20 février jusqu’au 14 juin 2026.
musee-lam.fr
Restaurant Pigments en pratique
Ouvert du mardi au samedi, de 12 h à 14 h et de 19 h à 21 h, et le dimanche, de 12 h à 14 h.
Menu gastronomique du soir 79 €, formule déjeuner entrée-plat ou plat-dessert 29 €.
Pour réserver, c’est par ICI
Pigments Café en pratique
Ouvert du mardi au dimanche, de 11 h à 19 h.
Pas de réservation possible.
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