Vous connaissez l’Art nouveau, ce mouvement artistique de la fin du XIXe et du début du XXe, qui marie joliment motifs floraux, végétaux et arabesques ? La Sécession viennoise est la version autrichienne de ce mouvement, appelé Jugendstil dans le monde germanique. Avec juste une petite tendance à plus de géométrie et d’épure qu’en France ou en Belgique. À Vienne, voici plusieurs lieux où découvrir les diverses facettes de cette Sécession avant-gardiste, que j’adore. Avec, en prime, la Villa Beer, chef-d’œuvre moderniste, qui vient d’ouvrir ses portes au public.
Construit en 1898, ce temple de l’art de style Art nouveau a été le lieu d’accueil des expositions du mouvement avant-gardiste fondé par Klimt. Et même temps que le manifeste architectural de la Sécession.
C’est Gustav Klimt qui a lancé le mouvement contestataire de la Sécession, en 1897, entouré d’un groupe de peintres, d’architectes, de designers et de sculpteurs… Parmi eux, Josef Hoffmann, Otto Wagner et Joseph Maria Olbrich, architectes, Koloman Moser, peintre et designer, Carl Moll, peintre, et d’autres…
Leur but ? Rompre avec l’académisme ambiant et créer un art avant-gardiste total, englobant toutes les disciplines artistiques, de l’architecture au design, de la peinture à la sculpture, des bijoux à la verrerie…
Vienne, formidable vitrine de la Sécession, regorge de lieux où se plonger dans ce modernisme, qui n’a pas vraiment vieilli…
Le Pavillon Sécession
Un manifeste et un lieu d’expo

Mais quel édifice merveilleux que voici ! C’est même la construction la plus remarquable du Jugendstil à Vienne ! Sa coupole de feuilles dorées resplendit dans le soleil et sa blancheur immaculée tranche avec le gris des bâtiments alentour.

Construit en 1898, ce temple de l’art de style Art nouveau a été le lieu d’accueil des expositions du mouvement avant-gardiste fondé par Klimt. En même temps que le manifeste architectural de la Sécession. Joseph Maria Olbrich, qui l’a imaginé, était un collaborateur du célèbre architecte et urbaniste viennois Otto Wagner.
Sur le fronton du pavillon, la devise des artistes de la Sécession : « À chaque temps son art, à l’art sa liberté ». Ainsi que les mots Ver Sacrum (Printemps sacré), nom de la revue de la Sécession, en lettres dorées.

Au sous-sol, ne manquez sous aucun prétexte la Frise Beethoven, même si elle n’est plus complète.

Cette œuvre totale, réalisée par Gustav Klimt en 1902, pour la 14e expo de la Sécession viennoise, mêle peinture, architecture et musique.
En effet, c’est la Neuvième Symphonie de Beethoven, qui nous parle d’aspiration au bonheur, que Klimt a transposée visuellement, à sa manière.

Chaque visiteur peut emprunter un casque pour (ré)écouter cette œuvre cosmique, tout en plongeant son regard dans les figures de femmes, monstres, Gorgones et autres chevaliers. Montez le son et laissez-vous emporter… La Frise Beethoven a été l’un de mes grands moments viennois !

Aux étages supérieurs du Pavillon Sécession, diverses expositions temporaires d’art contemporain se succèdent. Avant-gardiste il était à ses débuts, avant-gardiste il veut rester.
Le Pavillon Sécession en pratique
Friedrichstrasse 12, 1010 Vienne
Ouvert du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h
Visites guidées en allemand, le samedi à 14 h. Visites guidées en anglais, le samedi à 11 h
Tarifs : 13 € adultes, 10 € + 65 ans, – 26 ans et étudiants 7,50 €, enfants – 12 ans gratuit. L’entrée est gratuite chaque premier mercredi du mois. Réduction de 3 € avec la Vienna City Card.
Au musée Léopold, la Sécession en majesté !
Des différents musées viennois que j’ai visités fin août, c’est celui que j’ai préféré. D’autant, qu’avec deux étages de la collection permanente consacrés à Vienne 1900, il apportait beaucoup d’eau à notre moulin Sécession…

Au hasard des salles, vous tomberez d’ailleurs sur cette photo panoramique des membres de ce mouvement artistique contestataire, cofondé par Klimt (assis dans un fauteuil, à gauche).

Mobilier et artisanat d’art Sécession
On trouve ainsi de nombreuses pièces de mobilier ainsi qu’une sélection d’objets d’artisanat d’art, signés par les principaux membres de la Sécession.
Parmi eux, Koloman Moser, un artiste polyvalent, qui a été à la fois designer et peintre.



À côté, une chambre à coucher et une table ronde, signées Josef Hoffmann. Fondateur avec Klimt du mouvement de la Sécession, il est également à l’origine des Wiener Werkstätte ou Ateliers viennois d’art décoratif. Architecte et designer de talent, il a imaginé de somptueuses maisons mais aussi des meubles et objets, utilisant souvent des matériaux précieux.




Mentor et ainé de Josef Hoffmann, Otto Wagner est l’un des pionniers du Jugendstil autrichien, en même temps que le maître incontesté de l’architecture moderne viennoise. Ce qui ne l’a pas empêché de créer également du mobilier, comme les sièges que voici. « Rien ne peut être beau si ce n’est pas en même temps utile », telle était la devise d’Otto Wagner.

Enfin, Adolf Loos (je vous en ai déjà parlé dans un post sur Pilsen, lire ICI), considéré comme le plus important architecte d’Europe centrale du début du XXe.
S’il a beaucoup construit à Vienne, il a aussi conçu du mobilier et des accessoires. Adepte d’un minimalisme total, Adolf Loos a banni ornements et décorations en tous genres. Place au modernisme et au côté pratique !

Klimt, chef de file de la Sécession
Sinon, le musée Léopold abrite l’une des plus remarquables collections de peinture du début de la modernité. Au fil des salles, on découvre un nombre impressionnant d’œuvres de Klimt… dont La Vie et la Mort, l’un de ses chefs-d’œuvre. Mais perso, je préfère largement ses paysages, dont le très beau Matin à l’étang.







Pas loin de la reconstitution de son studio, le cofondateur de la Sécession trône d’ailleurs en majesté sur l’un des murs. J’avoue que c’est la première fois que je voyais sa tête et que je ne l’imaginais pas ainsi, facétieux et un brin moqueur.

Egon Schiele et les expressionnistes
Mais le musée Léopold, c’est aussi et surtout le plus grand ensemble d’œuvres d’Egon Schiele, peintre et dessinateur appartenant au courant expressionniste autrichien, apparu immédiatement après la Sécession. Une figure majeure du mouvement, à la fois tourmentée et provocante. Ses sujets, intenses, dramatiques, érotiques et/ou choquants, lui ont même valu un séjour en prison ! On aime ou on n’aime pas…



Egon Schiele n’est cependant pas le seul représentant du mouvement expressionniste, loin de là. Au fil des cimaises, on découvre également des œuvres d’Oskar Kokoschka ou de Richard Gerstl, un peintre que j’ai découvert et apprécié.


Carl Moll, quelle découverte !
Mais mon principal éblouissement, au musée Léopold, m’a été offert par le peintre de la Sécession Carl Moll. J’avoue humblement que, jusqu’à mon récent séjour viennois, je ne connaissais pas cet artiste autrichien. Pourtant, cofondateur de la Sécession avec Klimt notamment, il a peint des paysages absolument fabuleux. Dont en voici deux, marqués par son penchant pour l’impressionnisme.


Rien que les étages dévolus à Vienne 1900 (nous n’avons vu que cela) vous prendront facilement deux heures. Car, outre le mobilier et les œuvres picturales, la riche collection du musée Léopold compte également des photos, des lettres, des dessins et des affiches.
En voici une série, très représentative je trouve, qui fait à elle seule revivre l’atmosphère effervescente et audacieuse de cette époque pleine de promesses.

Le musée Léopold en pratique
Museumsplatz 1, 1070 Vienne
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10 h à 18 h.
En juin, juillet et août ouvert tous les jours.
Entrée : 19 € tarif plein, 16 € + 65 ans, – 26 ans, personnes handicapées et personnes sans emploi, 2,50 € – 19 ans et gratuit – 7 ans.
Les porteurs de la Vienna City Card ne payent que 17 € d’entrée.
www.leopoldmuseum.org
Collection Heidi Horten
Deux Klimt…
Ce n’est pas une collection Sécession, très loin de là. Mais je vais tout de même vous dire un mot de la Collection Heidi Horten et ce pour deux raisons. Parce qu’elle comporte des œuvres de Klimt. Mais aussi parce qu’elle a ouvert ses portes en 2022 et ne figure pas encore dans tous les guides.
Mais avant cela, il me tient à cœur de vous préciser que ce musée entièrement privé présente une (petite) partie des œuvres collectionnées, une vie durant, par la milliardaire autrichienne Heidi Horten.

Il n’y aurait rien à dire sur le sujet si la dame n’avait hérité d’Helmut Horten, son premier mari décédé, propriétaire d’une grande chaîne de magasins en Allemagne… mais surtout membre du parti nazi. Après l’accession au pouvoir d’Hitler, il a en effet acquis à bas prix de nombreux magasins ayant appartenu à des Juifs spoliés. Ce qui est loin d’être étranger à son immense fortune.
… et une polémique
Pour être complètement honnête, il faut dire que ces infos sont données au musée, sur une affichette, dans une petite salle. Mais si discrète que je ne l’avais pas vue (merci à ma collègue Valérie d’avoir été plus attentive que moi !).
Me fallait-il donc évoquer cette collection, moi, petite-fille de déporté, ayant vécu les horreurs des camps de concentration nazis ?
Après réflexion, j’ai décidé que oui, mais de manière brêve, juste assez pour vous dire que la collection permanente (qui résulte d’un choix du public) regroupe les œuvres de grands artistes des 100 dernières années. Parmi elles, deux œuvres de Klimt, fondateur du mouvement Sécession, sujet de ce post.


Pour le reste, je vous laisse aller voir par vous-mêmes les Matisse, Egon Schiele, Francis Bacon, Van Dongen, Picasso et Andy Warhol… Ou pas. C’est à vous de décider.
La Collection Heidi Horten en pratique
Hanuschgasse 3, 1010 Wien
Ouvert le lundi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche, de 11 h à 19 h et le jeudi, de 11 h à 21 h.
Entrée 12 €, seniors + 65 ans 9 €, étudiants 5 €, enfants et ados gratuit.
Une réduction de 20% est accordée aux détenteurs de la Vienna City Card.
hortencollection.com
La Villa Beer…
Pour boucler ce post, je vais vous parler de la Villa Beer, située dans le quartier de Hietzing, tout près du château de Schönbrunn. Parce que son ouverture au public, en mars 2026, après deux ans de travaux, est toute récente. Mais également parce que ses architectes, Josef Frank et Oskar Wlac, sont les héritiers directs d’architectes Sécession, comme Josef Hoffmann.

La Villa Beer, construite entre 1929 et 1930, est un chef-d’œuvre du modernisme viennois. La seule résidence moderniste qu’il est d’ailleurs possible de visiter à Vienne.
Derrière une façade immaculée, c’est le confort qui prime, avec des espaces ouverts, qui permettent une circulation parfaitement fluide.


Ses propriétaires ? Julius Beer et son épouse Margarethe, fabricant de caoutchouc juif, contraint d’émigrer aux États-Unis en 1941. Sans leur fille, privée de visa pour cause de polio, puis déportée et assassinée dans un camp de concentration.
… la maison où on peut tout toucher
Si vous aimez la Villa Cavrois de Croix, dans le Nord, également de style moderniste, alors ne manquez pas la visite de la Villa Beer lors de votre prochaine escapade à Vienne.
J’ai beaucoup aimé cette maison, qui n’est pas un musée et où on peut tout toucher !


On peut ainsi s’installer dans les fauteuils, toucher un rideau ou prendre place dans un canapé, près d’une cheminée. Il faut d’ailleurs souligner que la déco intérieure a également été pensée et réalisée par les architectes Josef Frank et Oskar Wlac. Les deux hommes ont d’ailleurs fondé ensemble une entreprise de déco intérieure, Haus & Garten (Maison et Jardin). Qui a aussi bien créé du mobilier que des lampes, des papiers peints ou des textiles, toujours dans un esprit de confort et de liberté.

J’ai beaucoup aimé la lumière traversante, les lignes épurées, les espaces ouverts et le petit côté paquebot de l’architecture intérieure. Les différents espaces sont prolongés par des terrasses (dont l’une est immense), qui donnent sur le joli jardin.


Envie de prolonger votre visite de la Villa Beer ? Figurez-vous qu’elle propose trois chambres d’hôtes, au deuxième étage, avec une chouette cuisine à partager. Si les prix de la nuitée ne sont pas vraiment doux (de 200 à 450 €), les hôtes peuvent profiter à leur guise de la villa, pendant toute la soirée. Et ça, franchement, ça n’a pas de prix…

La Villa Beer en pratique
Wenzgasse 12, 1130 Vienne
Visite libre le samedi et dimanche. Entrée : 18 € tarif plein et 14 € réduit (enfants, étudiants, + 65 ans, personnes handicapées…)
Visite guidée de 90 minutes le vendredi, samedi et dimanche (voir le calendrier sur le site). 24 € tarif plein et 20 € tarif réduit.
www.villabeer.wien
J’ai été invitée par #visitvienna, merci à eux !
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