Je n’en savais rien ou presque. Deux jours passés dans l’Oise, entre Compiègne et Pierrefonds, et me voici fan de l’impératrice Eugénie. Et je ne suis pas la seule, loin de là. En effet, Eugénie de Montijo n’est pas que l’épouse de Napoléon III. Derrière des airs discrets et pieux, c’est aussi une femme de caractère, très influente. Icône de la mode, passionnée de spiritisme, de randonnée, d’équitation et de déco, c’est une vraie femme moderne. Mettez vos pas dans ceux d’une impératrice singulière et fascinante.
Mais le clou du spectacle est sans conteste la chambre de l’impératrice Eugénie, située juste au-dessus de celle de l’empereur. Avec sa voûte gothique et son décor foisonnant, elle ressemble plus à une chapelle ou une cage à oiseaux qu’à une chambre.
Qui était l’impératrice Eugénie ?
Eugénie de Montijo est née le 5 mai 1826, à Grenade, en Espagne… d’où le bicentenaire de sa naissance cette année.
Aristocrate espagnole, elle rencontre Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier et premier président de la République française. Quand elle l’épouse, en janvier 1853, il vient d’être proclamé empereur des Français sous le nom de Napoléon III. Par son mariage, elle devient donc impératrice des Français.

L’impératrice Eugénie et le château de Compiègne
Reconstruit au milieu du XVIIIe par Louis XV qui adore y venir, ce château néo-classique est occupé tour à tour par Louis XVI, Napoléon Ier puis Napoléon III.
Chaque année, le couple impérial vient y passer plusieurs semaines, entre octobre et novembre, période de la chasse.
Ces séjours étaient l’occasion d’inviter des artistes, des scientifiques, des diplomates et des membres du gotha français et européen, dont Eugénie avait le plus souvent établi la liste. On appelait ces séjours les « Séries de Compiègne », avec une centaine d’invités différents chaque semaine.

Même si elle n’y passait que quelques semaines par an, Compiègne n’était pas pour Eugénie une résidence impériale de plus. Elle vouait un attachement profond à ce château, d’autant que c’est lors de séjours ici que Napoléon III lui a fait une cour assidue.
L’impératrice adore aussi le château parce qu’il est entouré d’une forêt de 14 000 hectares, un vrai paradis pour elle qui aime se balader à pied et surtout monter à cheval.

Dans les appartements historiques, la patte de l’impératrice Eugénie
Si l’architecture du palais date du XVIIIe, cela n’empêche pas l’impératrice Eugénie d’y mettre son grain de sel, d’autant qu’elle adore la déco. C’est d’ailleurs ici, au château de Compiègne qu’on trouve la collection publique la plus riche en objets ayant appartenu à Eugénie.
Dans cette salle à manger, assez peu utilisée par Napoléon III et Eugénie, le mobilier aujourd’hui présenté est Premier Empire. En revanche, toute la vaisselle date du Second Empire. Faste et raffinement…

Le salon des Cartes est ce salon de réception, où les invités rencontraient pour la première fois le couple impérial, sous Napoléon III. Il est meublé dans un goût très Second Empire, à la fois chargé, coloré et maximaliste.

Mobilier Second Empire aussi dans ce salon de famille, ancienne chambre de Louis XVI. L’impératrice Eugénie, qui y a mis sa patte, n’a pas eu peur de mélanger les styles, les couleurs et les matières. Avec de petites cellules de discussion informelles dans différents coins pour favoriser les conversations.
Quant au tapis, présent ici du temps de l’impératrice Eugénie, il est revenu à sa place en juin dernier. Depuis 1950, il ornait le sol de l’ambassade de France à Ottawa, au Canada.

Un salon de thé très Second Empire
Mais de toutes les pièces des appartements historiques, n’est-ce pas dans le salon de thé qu’on devine le mieux les goûts de l’impératrice Eugénie ? La souveraine, qui s’identifiait à Marie-Antoinette (c’est vrai que toutes les deux ont connu un destin tragique), a sans cesse recherché des objets ayant appartenu à l’épouse de Louis XVI.
Parmi eux, ces sièges, bleus du temps de Marie-Antoinette et verts émeraude sous le Second Empire. Bureau asiatique, tapisseries d’esprit orientaliste, sofa à fleurs dans un esprit anglais, à cette époque on aime aussi rêver d’ailleurs…
On aime ou on n’aime pas… C’est en tout cas une pièce emblématique du Second Empire, fréquentée par des invités triés sur le volet pendant les Séries.

Voici enfin la chambre de l’impératrice Eugénie. Pas telle qu’elle l’a connue mais restituée dans son état Premier Empire. Les meubles de l’impératrice ont été conservés dans les réserves mais sont, paraît-il, en mauvais état.

Galerie des glaces de Versailles ? Non, il s’agit de la galerie de bal du château de Compiègne. Elle servait pour les grands dîners, notamment pendant les Séries. Le couple impérial, qui siégeait au centre, choisissait ses voisins. Quant au reste du placement, il était totalement libre ! Pendant les Séries, l’étiquette était relâchée, réduite au minimum.

Dans les appartements d’invités
Non, ce n’est pas elle qui a été à la manœuvre pour la déco. Mais voici tout de même des photos d’une chambre avec cabinet de toilette, telle qu’elle accueillait les hôtes. À l’époque d’Eugénie, le palais avait été transformé en une sorte de grand hôtel, avec une centaine de chambres pour les invités des Séries de Compiègne.

Ont notamment logé ici : Louis Pasteur, Eugène Delacroix, Giuseppe Verdi, Charles Gounod, Prosper Mérimée, un intime d’Eugénie, ou Eugène Viollet-le-Duc, architecte star, aux commandes de la reconstruction de Pierrefonds. Ces appartements d’invités sont visibles pendant les visites guidées.

Au musée de l’impératrice Eugénie
Il complète parfaitement les appartements historiques en esquissant un portrait plus intime de l’impératrice. Celle-ci a conservé toute sa vie de nombreux objets, témoignages du quotidien des derniers souverains de France.

Après son décès, en 1920, un collectionneur passionné par l’impératrice Eugénie, le docteur Ferrand, a acquis un maximum d’objets lui ayant appartenu. En 1950, il les a offerts à la ville, qui les a déposés au château de Compiègne.
C’est donc toute la vie familiale et intime d’Eugénie, mais aussi ses passions et son influence qu’on découvre au fil des pièces.

Un parcours chronologique, présentant des tableaux, des statues, des bijoux et de nombreux objets, qui fait partie du circuit de visite du château. Mais qui n’est ouvert que le matin.

Dans la forêt de Compiègne
Aujourd’hui, c’est la maison forestière des Étangs Saint-Pierre, sur le territoire de Vieux-Moulin. Mais naguère c’était le pavillon Eugénie, aménagé entre 1860 et 1861, à partir d’une ancienne maison de garde. Pas de chambre mais un salon, une salle à manger et une cuisine dans cette modeste demeure, destinée à accueillir le couple impérial durant les chasses mais aussi lors des excursions des Séries de Compiègne. Avec son belvédère et son décor en bois découpé, il s’inspire des chalets et villas pittoresques de l’époque.

À noter aussi que la voie reliant Vieux-Moulin à Compiègne a été baptisée route Eugénie. Tandis que la rue qui va du relais de chasse au château de Pierrefonds a pris le nom de rue de l’Impératrice.
Une histoire de poteaux
Pendant ses séjours à Compiègne, Eugénie adorait faire de grandes balades en forêt, à pied mais surtout à cheval. Accompagnée de ses dames de compagnie ou des invités des Séries, il lui arrivait souvent, raconte-t-on, de se perdre au milieu des 14 000 hectares.

D’où cette idée ingénieuse de l’empereur. Sur tous les poteaux installés en forêt, il a fait mettre un repère rouge. Grâce à cela, où qu’elle se trouve, l’impératrice Eugénie savait que le château était droit devant. À condition de se mettre dos à ce petit repère.
L’impératrice Eugénie et le château de Pierrefonds
Comme Compiègne, Pierrefonds garde de nombreuses traces du passage d’Eugénie. Normal, l’impératrice adorait le château, même si elle n’y a jamais vécu. En effet, trente ans seront nécessaires pour transformer les ruines de la forteresse médiévale en château néogothique. Et quand les travaux seront stoppés en 1870, l’impératrice Eugénie sera contrainte à l’exil en Angleterre…
Toute la reconstruction de Pierrefonds a été influencée par l’impératrice, passionnée de décoration mais aussi amoureuse de l’esthétique médiévale.

On raconte que le couple impérial hésitait entre relever les ruines de Pierrefonds et celles de Coucy-le-Château. Pour départager les deux châteaux, un tirage au sort aurait été organisé. Avec deux billets portant chacun le nom d’un château ? Non, car l’impératrice aurait subrepticement fait noter Pierrefonds sur les deux…
Eugénie a suivi de près le chantier du château, restauré par Viollet-le-Duc, à partir de 1856. Pendant les Séries de Compiègne, elle organisait régulièrement des excursions à Pierrefonds, fière de montrer le château aux invités, qui bénéficiaient d’une visite par Viollet-le-Duc en personne.
Mais elle a également démontré son attachement à la cité en prenant le titre honorifique de « comtesse de Pierrefonds ». Ce qui lui a permis de voyager plus librement en France, notamment après la chute de l’empire.

Pour la petite histoire, Louis II de Bavière est venu voir le chantier de Pierrefonds et on dit qu’il s’en est inspiré pour son très romantique château de Neuschwanstein.
Les appartements de l’impératrice Eugénie
Dans la première salle des appartements de l’impératrice Eugénie, le salon de réception, le seul mobilier présenté est l’ancienne coiffeuse du train impérial.

Il reste en revanche la cheminée du XIVe siècle, qui date de la construction de la forteresse et qui a « longtemps pendu dans le vide » pour reprendre les mots de notre guide du jour.
On voit également l’essai (validé) fait pour la frise, qui devait décorer l’ensemble du salon de réception. Mais les travaux ont été stoppés avant qu’elle soit réalisée.

Dans l’antichambre, on admire une cheminée surmontée d’un N et d’un E entrelacés. La confirmation que Napoléon III et Eugénie sont ici chez eux, dans leur château, contrairement à celui de Compiègne bâti par d’autres.


Mais le clou du spectacle est sans conteste la chambre de l’impératrice Eugénie, située juste au-dessus de celle de l’empereur. Avec sa voûte gothique et son décor foisonnant, elle ressemble plus à une chapelle ou une cage à oiseaux qu’à une chambre.

Elle est notamment décorée d’anges aux ailes tricolores. Une manière de rappeler que son mari a été le tout premier président de la République.

Enfin, dans la dernière salle, dite du nuancier, on découvre les essais de couleurs à valider, ou pas, par l’architecte.

Dans la décoration de la pièce, on voit aussi des chardons écossais, rappel des origines d’Eugénie. Qui porte notamment le patronyme de Kirkpatrick.

Eugénie à Pierrefonds-les-Bains
Amatrice d’eaux bienfaisantes, l’impératrice aime par ailleurs profiter des thermes de Pierrefonds-les-Bains. En 1846, deux sources sont en effet découvertes sur place, l’une d’eau sulfureuse et l’autre ferrugineuse.
L’hôtel des Bains ouvre en 1857 et, dès 1858, chaque automne, l’impératrice Eugénie vient prendre les eaux, avec ou sans l’empereur. Elle possède même sa propre barque sur l’étang de Pierrefonds.

L’impératrice loge à l’hôtel des Bains (aujourd’hui transformé en salle de réception), à moins de retourner au château de Compiègne après ses soins.

Elle privatise les thermes (aujourd’hui disparus), histoire de pouvoir profiter tranquillement des bains, douches et salle de respiration.
L’impératrice Eugénie profitera des eaux bienfaisantes de Pierrefonds jusqu’en 1870, année de la chute de l’Empire et de l’exil.
De cette époque fastueuse, il reste l’hôtel du Beaudon, fréquenté surtout par les étrangers au Second Empire.

Ainsi que l’ancienne gare, abandonnée, qui porte toujours la mention « Pierrefonds-les-Bains ».

Plus d’eaux miraculeuses ni de thermes en revanche puisque les deux sources sont inexploitables depuis 1920. L’année du décès de l’impératrice, comme par un curieux hasard…
Le château de Compiègne en pratique
Place du Général de Gaulle, 60200 Compiègne.
Le château est ouvert tous les jours, de 10 h à 18 h, sauf le mardi, le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre.
Le musée de l’Impératrice est ouvert le mercredi, jeudi, samedi et dimanche, de 10 h à 12 h uniquement. Visite libre.
Entrée 10 €, réduit 8 € (musées de l’Impératrice, du Second Empire et musée national de la Voiture compris).
Toutes les visites, conférences, nocturnes, ateliers et autres animations sont sur le site.
Le château de Pierrefonds en pratique
Rue Viollet-le-Duc, 60350 Pierrefonds.
Ouvert jusqu’au 4 septembre, tous les jours, de 9 h 30 à 18 h. Et du 5 septembre au 30 avril, tous les jours de 10 h à 17 h 30.
Fermé le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre.
03 44 42 72 72
Tarif 9 €, gratuit – 26 ans. Visite commentée d’une heure sans supplément de prix, à 10 h 45, 14 h, 15 h et 16 h (sauf les dimanches gratuits et les jours fériés).
Visite avec audio-guide (1 h 30) + 3 €.
Les appartements de l’impératrice sont exceptionnellement ouverts jusqu’au 15 novembre 2026.
Visite commentée « Eugénie en sa demeure ! » les samedis 25 juillet, 8 et 22 août et 12 septembre et mercredi 12 août, à 14 h 30.
Tarif 16,50 € adultes, 6 € 13/18 ans.
Le samedi 19 et dimanche 20 septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, ouverture exceptionnelle de la loge impériale de la chapelle et accès libre aux appartements de l’impératrice.
Les samedis 10 octobre, 14 novembre et 12 décembre, à 14 h 30, visites explorations : Eugénie et les sciences occultes.
Pour découvrir Pierrefonds-les-Bains
Je vous conseille de partir à la découverte de l’ancienne station thermale avec Marine Bilbault, guide conférencière.
Ses passionnantes visites d’environ d’une heure (8 €/adultes, 6 €/enfants) sont à retrouver sur le site compiegne-pierrefonds.fr (rubrique agenda) ou sur son propre site ICI .
J’ai été invitée par #oisetourisme. Merci à eux !
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Où manger à Pierrefonds ?
Au Chalet du Lac, une sympathique brasserie avec terrasse pour les beaux jours et poêle à bois pour les jours frisquets. Menu du marché (entrée, plat, dessert) à 22 €.
1 rue Deflubé, 60350 Pierrefonds.
03 60 19 68 19.
https://www.chaletdulac-pierrefonds.com/
