Au musée Matisse du Cateau-Cambrésis, les jeunes talents ont carte blanche

À l’occasion des 150 ans de la naissance d’Henri Matisse, il y a (au moins) trois bonnes nouvelles à savourer ! D’abord, l’extension du musée, à l’horizon 2022, dans le beau marché couvert voisin de style Baltard. Ensuite, la superbe exposition annoncée pour novembre 2019, avec des œuvres prêtées à la fois par de grands musées étrangers et par la famille Matisse. Enfin, la jolie surprise du moment : « La Créativité demande du courage », une expo collective en forme de carte blanche aux étudiants des écoles d’art des Hauts-de-France. Rafraîchissant et plein de promesses… 

Après avoir chargé l’appli, il suffit de tenir son smartphone devant le livre pour que celui-ci s’anime. Les pages se tournent, les lettres dansent et s’impriment, les formes glissent et se superposent…

Bien sûr, ils n’en sont qu’à leurs premiers pas dans le monde de la création. N’empêche, les élèves des neuf écoles d’art des Hauts-de-France, qui participent à l’expo « La Créativité demande du courage », font déjà preuve d’une belle vitalité. Ils prolongent, réinterprètent, détournent et s’amusent avec l’héritage de Matisse.

Musée Matisse - Le Cateau façade avant

Un jury professionnel a retenu une soixantaine d’œuvres, parmi celles présentées par une centaine de jeunes artistes. À mon tour, j’en ai retenu NEUF, qui m’ont emballée, bluffée, amusée ou simplement intéressée… Une sélection tout à fait subjective pour vous parler de cette expo réjouissante parce que pleine de talent(s).

1. Triptyque Kosmos, Antoine Watel
de l’École supérieure d’art Dunkerque-Tourcoing

Ce Triptyque Kosmos est mon coup de cœur absolu ! Et je suis encore plus admirative quand je lis qu’elle est quasiment la première peinture à l’huile de l’élève de l’École supérieure d’art du Nord-Pas-de-Calais/Dunkerque-Tourcoing. 

Vraiment, quel talent, Antoine Watel ! Et quelle jolie manière de mettre ses pas dans ceux de Matisse, en jouant avec les motifs floraux et végétaux, mais sans pour autant perdre sa personnalité. 

Musee Matisse - Antoine Watel Tryptique Kosmos deuxPlusieurs autres œuvres d’Antoine Watel ont été sélectionnées et je ne résiste pas au plaisir de vous en montrer une autre, qui se la joue solo celle-ci. C’est ce Buisson aux oiseaux (Hommage à Matisse), réalisé en 2018. Un artiste est né… 

Musee Matisse - Antoine Watel Buisson aux oiseaux

 

2. Blue Work, Élisa Masson
de l’École supérieure d’art et de design de Valenciennes

C’est mon autre coup de cœur de l’expo, dans un genre très différent. Une sculpture à l’échelle du corps humain, réalisée à partir d’un bleu de travail, quelle super idée ! 

Musee Matisse - Elisa Masson Blue Work

Musee Matisse - Elisa Masson Blue Work arriereAinsi Blue Work rappelle le passé industriel de la ville, tout en faisant revivre le Nu bleu II de 1952  d’Henri Matisse, mais en volume cette fois.
Élisa Masson a utilisé une structure en polystyrène, sur laquelle elle a fixé et donné forme à son bleu de travail, en utilisant des épingles de couture. J’adore cette présence insolite qui, dès le premier coup d’œil, évoque l’univers de Matisse. 3.

 

3. Sans titre et 92 94 Rue Queue De Renard, Pierre Saunier
de l’École supérieure d’art Dunkerque-Tourcoing

Autre élève de l’École d’art de Dunkerque/Tourcoing, autre style pictural. Pourtant ces deux œuvres, Sans titre et 92 94 Rue Queue De Renard s’inscrivent, elles aussi, joliment dans l’héritage de Matisse. 

Pierre Saunier a d’abord photographié les amas de tissus colorés de l’atelier de tapisserie de sa mère. Puis il a retravaillé ces clichés, les a découpés, déplacés et finalement recomposés. Les découpes sont nettes, chaque élément a sa vie propre, tout en participant à la composition globale. Et c’est bien cela qui saute aux yeux d’emblée, cette filiation avec les papiers découpés. Mais en version picturale et revisitée !

Musee Matisse - Pierre Saunier

4. Cut-Out boxes, Alexandra Madec
de l’École supérieure d’art et de design de Valenciennes

Quand les Britanniques parlent de Cut-Out, ils évoquent les papiers découpés de Matisse. Ici, Alexandra Madec reprend le terme mais en l’appliquant à de drôles de petites boîtes, présentées à même le parquet.
L’élève de l’école d’art et de design de Valenciennes a commencé par s’intéresser à la représentation des femmes dans l’œuvre de Matisse. De 24 tableaux choisis, elle n’a gardé que des formes féminines, presque abstraites, tracées sur papier puis reportées sur les couvercles de ces boîtes de 20 X 20 cm. Découpées au laser, elles laissent voir le fond coloré des boîtes. Joyeux et rythmé !

Musee Matisse - Alexandra Madec Cut Out boxes

5. Icare incrusté, Pierre Duez
de l’Esmod Roubaix

Musee Matisse- Pierre Duez Icare inscrusté Descendant d’une famille de tisserands et grand collectionneur d’étoffes, Matisse a été, tout au long de sa vie, passionné par le tissu. Rien d’étonnant donc qu’Esmod Roubaix, école de mode et de design du groupe Esmod International, fasse partie des neuf écoles participant à l’exposition. 

Parmi les costumes proposés, j’ai retenu cet Icare incrusté imaginé par Pierre Duez, qui s’est inspiré du travail de gouaches découpées de l’artiste. 

Lui aussi a commencé par créer une toile, avant de la projeter et de découper le tissu de différentes couleurs, comme Matisse l’aurait fait avec du papier. Restait alors à bâtir le costume, une œuvre en 3D, à la fois très actuelle et très « Monsieur Loyal ».

6. Dyptique, Myriam Landrieu,
de l’École d’art du Beauvaisis

Encore une silhouette de femme, comme un clin d’œil aux papiers découpés de Matisse. Mais cette fois, il s’agit de céramique émaillée, proposée par une élève de l’École d’art de Beauvais, haut-lieu du genre dans l’Oise.
J’aime le mouvement et la souplesse qui se dégagent de cette silhouette si épurée. J’aime l’idée que l’artiste a (sans doute) zoomé sur ce corps dans le deuxième carreau. Mais j’aime surtout les teintes douces et apaisantes de ce diptyque que la jeune artiste a baptisé Dyptique, allez savoir pourquoi… 

Musee Matisse - Myriam Landrieu Dyptique7. Océane et Chloé, Marie-Françoise Carpentier
de l’École de dessin Maurice-Quentin de La Tour, Saint-Quentin 

Dans cette gravure, ce n’est pas le portrait de deux petites filles que j’aime. Non, ce sont plutôt les motifs décoratifs tout autour, qui évoquent immanquablement l’amour de Matisse pour les belles étoffes. Partie d’une photo de ses petites-filles, Marie-Françoise Carpentier a beau s’être inspirée des broderies de la robe de l’une d’elles, c’est au peintre né au Cateau qu’on pense d’emblée. À son enfance au milieu des métiers à tisser, à sa collection d’étoffes et à son style fortement inspiré par l’univers du textile. Dans Océane et Chloé, c’est donc cela que j’aime : ces motifs géométriques et végétaux noyés dans un merveilleux bleu. 

Musee Matisse - Marie-Francoise Carpentier Océane et Chloé8. Chasuble, Éliane Poupart
de l’École d’arts plastiques Eloi Decaillon, Denain

Encore une œuvre inspirée des papiers découpés, dessinée avant tout avec des ciseaux. Cette fois c’est un vêtement, importable sans doute, une chasuble qui représente les lieux de vie de Matisse. D’un côté un ciel gris de ce Nord où il est né, avec ses nuages et ses gouttes de pluie. De l’autre, le grand bleu de ce Sud qu’il a tant aimé, avec soleil, oiseaux et mer.

Musee Matisse - Eliane Poupart Chasuble arriere.jpgRecto-verso car les deux faces d’un vêtement sont importantes, comme les deux facettes de la vie de Matisse l’ont été. 

Musee Matisse - Eliane Poupart chasuble avant

9. Jazz, Morgane Poncey
de l’École supérieure d’art et de design d’Amiens

C’est la dernière œuvre que j’ai choisie mais ce n’est pas la moindre !
Elle fait partie des 8 projets en réalité augmentée, tous proposés par les élèves de l’École d’art et de design d’Amiens.
Le principe ? Partir d’œuvres des collections permanentes et leur donner une dimension supplémentaire grâce à l’appli Artivive (sur Androïd et Apple Store, gratuit).

Parmi elles, Jazz, un livre d’artiste publié par Tériade. Après avoir chargé l’appli, il suffit de tenir son smartphone devant le livre pour que celui-ci s’anime. Les pages se tournent, les lettres dansent et s’impriment, les formes glissent et se superposent, images et texte se répondent. Le tout sur un air de jazz de Duke Ellington, qui rend ce projet vidéo encore plus magique. 

Musée Matisse - Morgane Poncey JazzLa Créativité demande du courage, en pratique

Musee Matisse - Philippe Lipka La Nouvelle Odalisque Au musée Matisse, Palais Fénelon, place du Commandant Richez, Le Cateau-Cambrésis.

03 59 73 38 00/06

http://museematisse.lenord.fr

L’exposition rassemble des œuvres réalisées par des élèves de l’École supérieure d’art et de design d’Amiens, de l’École supérieure d’art du Nord-Pas-de-Calais/Dunkerque-Tourcoing, de l’École supérieure d’art de Valenciennes, de l’École de dessin Maurice_Quentin de La Tour à Saint-Quentin, de l’École d’art municipale de Denain, de l’École d’art municipale de Beauvais, de l’ESMOD de Roubaix et du Studio Le Fresnoy de Tourcoing.

Commissaire de l’expo : Thomas Wierzbinski, directeur-adjoint du musée départemental Matisse.

Exposition ouverte jusqu’au 29 septembre,  tous les jours, sauf le mardi, de 10 h à 18 h.

Entrée 6 €, 4 € réduit, gratuit pour les – 26 ans.

Gratuit les dimanches 7 avril, 5 mai, 2 juin, 7 juillet, 4 août et 1er septembre. 

Le musée, accessible aux personnes en situation de handicap, a reçu le label Tourisme et Handicap.

Consignes gratuites à disposition.

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2 Commentaire(s)

  1. Super article, j’adoooore Matisse et je suis éblouie par le talent de ces artistes en herbe. Que de fraîcheur!

    • Annetomczak07 Répondre

      En effet ! Et si tu adores Matisse, il ne faudra pas rater l’expo proposée à l’occasion de ses 150 ans, qui ouvrira le 9 novembre prochain… Patrice Deparpe, le conservateur du musée, prépare une superbe expo avec des tableaux prêtés par de grands musées et d’autres par la famille Matisse. À noter d’urgence sur nos tablettes…

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